MASQUES
C'est bien le monde du
travail que je cherche à présenter ici. Et pour se faire, il m'a semblé
évident de construire ce projet autour de données spécifiquement humaines
: le masque étant dans ce contexte l'outil, le moyen et le symbole d'une
certaine humanité. Les masques se transforment donc en outils de connaissance.
C'est dans cette dimension que réside l'une des fonctions essentielles
du masque : celle de la participation. Ainsi ai-je réalisé des photographies
d'hommes et de femmes dignes et droits, mettant en avant leurs compétences
multiples et solidaires. Le port du masque ne constitue en aucun cas
un acte d'isolement. Il révèle davantage une intention de communication.
Avec les masques s'opèrent des rencontres multiples. Rencontres avec
des hommes et des femmes, rencontres avec des techniques, des technologies
ou tout simplement des savoir-faire.
Le masque est une partition
plastique de notre visage. Il ne prétend nullement à la ressemblance.
Il suggère simplement la présente de cet autre moi-même que je ne peux
saisir. De toutes les parties du corps le visage constitue autant que
le sexe une problématique privilégiée. Il est le lieu où s'affirme l'identité
et se révèle une dimension qui déborde largement du paraître. Masqué,
absenté, dissimulé, protégé, suis-je encore moi-même ?
Par nature, le masque se définit comme une transgression des références
humaines. Il rend aléatoire toute représentation de soi. L'homme masqué,
anonyme, appartient-il toujours à la catégorie des individus connus
?
Avec les masques dans le
monde du travail, c'est la signification de soi en tant qu'être, sujet,
disciple, soumis ou masochiste qui se pose sans cesse.
Et que dire de ce titre
du journal Libération paru le 9 décembre 1998 : "Si tu portes un
masque, tu communiques la vérité" ! |